La production de films en relief
impose des contraintes de mise en scène et génère
des surcoûts. Ces contraintes expliquent-ils que le relief est
régulièrement à la mode puis aussi
régulièrement oublié ?
Produire des films en relief n’est pas reproduire la
réalité. Une mise en scène réussie fait
varier l’échelle des objets en fonction de la valeur du
plan et de la taille de la projection finale. Comme l’explique
Philippe Fuchs, professeur à l’Ecole des Mines :
“ Si vous regardez en plan large un match de football en
relief sur votre télévision, le relief devra être
exagéré au tournage en écartant les
caméras. Dans le cas contraire vous ne verrez aucune profondeur
et l’image sera plate. Mais alors si vous trichez, étant
donné la taille des téléviseurs, toute la
scène paraîtra rétrécie. Vous avez
l’impression de regarder un baby-foot. ” Le
réflexe naturel lors d’une projection relief à
domicile est d’ailleurs de se rapprocher de son poste de
télévision.
Mettre en scène le relief
Plusieurs principes hors celui lié à
l’échelle de la scène doivent être connus
pour mettre en scène des films en relief :
- Le jaillissement. Les
spectateurs de films en relief de courte durée sont demandeurs
d’effets de jaillissement dans la salle. Mais ces objets ne
doivent pas couper le bord d’écran sous peine de perturber
le spectateur : un objet caché est supposé
être derrière l’objet qui le cache.
- La profondeur. Le relief,
c’est aussi des effets de profondeur. “ Cette vision,
bien que moins violente et spectaculaire que les jaillissements,
contribue largement pour créer l’ambiance magique du
relief. ” explique Jerzy Kular, réalisateur.
- Le contraste. Des objets
fins et contrastés sont plus fatigants à visualiser en
relief. Il est nécessaire de privilégier les volumes et
d’adapter les scénarios en conséquence.
“ Par exemple, une carte bancaire est trop fine, la
visualiser en relief est difficile. En revanche, collée sur les
différentes faces d’un cube, cela crée un objet
intéressant en relief. ” précise Laurent
Verduci, directeur de Vidéo Relief.
- La vitesse et les raccords.
Le spectateur met un certain temps pour s’adapter à un
nouveau relief. Aussi comme l’explique Jerzy Kular :
“ Dans un film en relief, il vaut mieux un rythme plus lent
que dans un film à plat. Or j’ai réalisé
plusieurs rides, ou films de cinéma dynamique, qui cumulent
toutes les contraintes et difficultés de la mise en scène
relief, de la vitesse, et du point de vue subjectif. ” Ce
problème se retrouve dans les jeux de simulation, très
dynamiques, qui ne sont pas adaptés sur la durée avec une
vision en relief.
L’apport de l’image de
synthèse
Enfin, l’image de synthèse, de part sa nature volumique,
est l’outil idéal pour créer des films en relief.
Il n’est pas difficile, une fois une scène construite en
trois dimensions, de calculer à la demande plusieurs
caméras avec une parfaite synchronisation, contrairement
à la prise de vue réelle. Le réalisateur
François Garnier ajoute : “ En prise de vue
réelle, si vous êtes en jaillissement, le fond est
susceptible de décrocher et sera flou. En images de
synthèse, il est très facile de tricher avec les
écarts d’œil y compris à
l’intérieur d’une même scène. Vous
pouvez dans certains cas mettre un relief différent sur
l’avant-plan et l’arrière-plan. ”
Les grands formats
Lorsque le relief a quitté le champ de la photographie, les
grands écrans de diffusion cinéma ont été
favorables à sa promotion. Ces dernières années,
la production relief a été relancée par le
développement des salles IMAX 3D. La perfection technique et la
taille des écrans géants des salles IMAX se prêtent
particulièrement bien à des diffusions en relief. Le
spectateur y est facilement immergé car les scènes
peuvent être à taille réelle et les effets de bord
disparaissent. Enfin, le rythme naturellement très lent des
films IMAX est avantageux pour la mise en scène relief.
Mais les sociétés comme IMAX et IWERKS se portent
très mal financièrement. Anthony Huerta, de la
société belge Movida spécialisée en
production de films en images de synthèse, précise :
“ De moins en moins de gens peuvent faire des films IMAX
relief qui sont trop chers à produire et difficiles à
rentabiliser. En 1998, six films IMAX relief ont été
produits. L’année dernière, un seul film a
été produit et c’est le notre. Heureusement
l’image de synthèse est avantageuse en coûts de
production par rapport à la prise de vue réelle. Les
salles aussi souffrent pour rentabiliser leur investissement. Le
système à double projecteur IMAX est très cher et
chaque copie vaut une fortune. Nous espérons beaucoup du
nouveau procédé ColorCode qui permet de projeter du
relief avec un seul projecteur. ”
La difficulté à rentabiliser les investissements et la
pauvreté du catalogue handicapent les salles relief. Le
réalisateur Edouard della Faille renchérit :
“ Il y a beaucoup trop de vieilleries et de niaiseries au
relief mal réglé. Il faudrait des investisseurs qui
développent un catalogue de films numériques de
qualité pour différents types
d’exploitation. ” Même constat pour
Valérie Cottereau, directrice d’Artefacto à
Rennes : “ Certaines salles relief que nous connaissons
sont tentées d’abandonner le relief. La catalogue est vite
épuisé et le calage est complexe pour les équipes
internes. L’investissement n’est pas forcément
rentable. ”
La haute définition, nouvel
espoir du relief ?
Afin d’être en mesure de baisser les coûts de
tournage et de projection, l’espoir est dans la qualité et
la souplesse des caméras numériques et dans les grands
écrans de projection vidéo. La société
Vidéo Relief travaille sur le développement d’une
plateforme de prise de vue stéréoscopique avec deux
caméras Sony HD. Même projet pour le chef opérateur
Alain Derobe. Movida étudie aussi la possibilité de
tourner avec deux caméras HD 24p, la qualité finale
étant suffisante pour fournir des éléments pour
les films IMAX.
Le succès semble résider maintenant dans des salles de
projection relief de taille raisonnable, équipées en
vidéo-projections, et qui passent en continu le même film.
Ainsi, comme l’explique Alain Derobe, plusieurs salles tournent
en continu avec un film qu’il leur a réalisé
à la demande, dont une salle de Camargue qui présente un
film touristique sur la Camargue et une salle aux Caves de Chartreuse
à Voiron, qui présente un film historique.
“ En ce qui concerne les techniques de projection, en dehors
des grands formats, on voit une mutation des installations film vers
des projections vidéo, et en particulier, de la vidéo
numérique à partir de disques durs, ainsi
qu’à partir des ordinateurs directement, ou des lecteurs
DVD. ” précise le réalisateur Jerzy Kular.
IMAX a certainement réussi à dynamiser le marché
des spectacles forains et en particulier celui du relief, mais
l’effet de mode profite maintenant à d’autres types
d’installations moins coûteuses.
La télévision en relief
Quant à la télévision en relief, contrairement
à il y a vingt ans où le CNET travaillait activement sur
le sujet, plus personne ne pense à son avènement rapide.
En revanche, l’arrivée des grands écrans pour les
“ home theater ”, l’utilisation des
ordinateurs pour la visualisation de DVD ou pour les jeux, font croire
à la possibilité d’une diffusion du relief à
domicile. “ Le futur marché du relief va être
du côté des jeux et d’Internet. Le principe est
d’être immergé en temps réel dans un espace
virtuel grâce à un casque. D’ailleurs, on constate
que de plus en plus de jeux célèbres sont disponibles en
relief. ” affirme François Garnier.
Pour en savoir plus :
Stéréo-Club Français - http://www.stereo-club.fr
Alpes Stereo : http://perso.wanadoo.fr/alpes-stereo
© juillet/aout
2001 François Ploye et Pixel SA