Sans prétendre à une difficile
exhaustivité, il est possible de décrire les
principaux équipements existant pour fabriquer et visualiser
des images en relief.
Fabriquer des images en relief a un coût. Il faut doubler le
nombre d’images. Un équipement
spécifique est souvent nécessaire pour la
projection, écrans métalliques
spéciaux dans le cadre d’une projection
polarisée, double projecteurs, etc. Les inventions faites en
stéréoscopie ont ainsi souvent oscillé
entre le désir d’un relief parfait,
très défini et la volonté
d’accéder à un relief facile
à mettre en œuvre et abordable quitte à
en sacrifier certaines caractéristiques.
La prise de vue
Depuis 150 ans, les débouchés commerciaux de la
stéréoscopie ont été la
photographie puis le film sur support pellicule. Les produits
professionnels existants sont des caméras 35mm comme celles
d’Arrivision à double objectif ou 70mm comme les
systèmes d’IMAX à double
caméras.
En vidéo, il existe de très rares
systèmes de prise de vue
stéréoscopique en général
adaptés à des environnements
spécifiques (médical, aérien,
sous-marin, etc). Aussi, par manque de matériel
adapté, chacun se construit son prototype en assemblant deux
caméras vidéo. Le chef opérateur Alain
Derobe s’est fabriqué plusieurs plate-formes. La
société Vidéo Relief,
créée en 1995, en est à sa
quatrième plate-forme et en développe une
nouvelle avec deux caméras Sony HDcam. Edouard della Faille,
inventeur du Stereodisk, qui construit aussi ses propres
systèmes, est très critique :
“ L’absence de système
commercialisé est due à un cloisonnement
où chacun se sent en concurrence. Il serait temps que les
acteurs concernés se réunissent autour
d’une table pour arriver à un produit
commun. ”
Un relief de qualité
La qualité du relief obtenu va dépendre du
calibrage et de la synchronisation des deux caméras entre
elles. La société Binocle utilise deux
caméras Thomson dont les optiques ont
été centrées et asservies afin de les
rendre parfaitement synchrones et dont les images sont
réétalonnées par logiciel. Le
résultat est parfait mais l’ensemble est lourd (le
bloc de commande fait 90 kg) et difficile à reproduire.
Le deuxième critère important pour la mise en
scène est la possibilité de faire varier la
distance entre les deux caméras (l’entraxe) et la
convergence. Pour les puristes de la
stéréoscopie, le système doit toujours
reproduire le système visuel humain mais pour les amateurs
de cinéma, il n’y a aucune raison de se priver de
tricher suivant la valeur des plans. Pour les vidéastes amateurs
qui veulent filmer en relief, il
existe un adaptateur, le Nu-View de 3Dvideo Inc. qui se fixe
à l’avant de la plupart des camescopes et qui
enregistre un œil sur chaque trame de l’image
vidéo.
Visualiser la
stéréoscopie
Pour une restitution du relief sur des postes individuels, plusieurs
marques de lunettes et un certain nombre de casques immersifs sont
disponibles. Deux
technologies cohabitent, toutes deux développées
par la société canadienne IMAX : les
lunettes actives dont l’ouverture et la fermeture de chaque
œil sont synchronisées avec l’alternance
des images projetées et les lunettes passives qui sont
polarisées. Ces dernières nécessitent
de polariser la projection par des filtres placés devant les
projecteurs ou devant l’écran de
l’ordinateur.
Dans le cas d’un ordinateur, la polarisation peut
être linéaire ou mieux circulaire, ce qui est
moins fatigant car le spectateur peut pencher la tête sans
perdre l’impression de relief. Deux
sociétés principales se partagent le
marché des produits professionnels adaptés au
poste de travail, NuVision avec les lunettes 60GX et StereoGraphics
avec les lunettes CrystalEyes ou StereoEyes.
Un public trop souvent
déçu
La grande problématique technique du relief demeure le
nécessaire codage des deux flux d’images gauche
droit et leur séparation lors de la projection. La
polarisation est en effet une excellente solution mais guère
économique. Elle est de plus incompatible avec les
réseaux habituels de diffusion, salles de cinéma
à projecteur unique, télévision, et
magazines. Le procédé le plus répandu est
l’anaglyphe où les deux images sont
séparées par des filtres rouge et vert mais le
résultat n’est pas en vraies couleurs. Le public
n’a jamais accroché.
Un autre procédé connu depuis longtemps,
l’effet Pulfrich, tire partie d’une illusion
expliquée par le physicien allemand Carl Pulfrich. Si un
œil est recouvert d’un filtre sombre, la perception
de la scène avec cet œil se fait avec un
délai. Il est donc possible, en ne sélectionnant
que des plans de travelling qui vont dans le même sens, de
donner une impression de relief à des
téléspectateurs équipés de
lunettes dont un des yeux est assombri. Le relief
généré est de piètre
qualité et la mise en scène abrupte mais ce
système a été
réutilisé récemment par plusieurs
chaînes de télévision dont la BBC et
TF1 (émission Miss France en 1999).
De nouvelles méthodes pour
coder le relief
Deux nouveaux systèmes ont vu récemment le jour.
La société allemande TAN a mis au point un
procédé, INFITEC™, qui
différencie les images gauche droite par codage avec des
fréquences lumineuses différentes. Il
n’y a donc plus ni accessoire actif ni polarisation et le
résultat est restitué en vraies couleurs.
Par ailleurs, l’Université Technologique du
Danemark a inventé un nouveau procédé
anaglyphe, le ColorCode 3-D®. La vision des couleurs et de la
luminosité est assurée par un filtre jaune clair
sur l’œil gauche. Un filtre bleu foncé
sur l’œil droit sert à donner les
informations de profondeur. Le résultat est en vraies
couleurs. Autre avantage, l’image peut être
visualisée sans désagrément en
l’absence de lunettes, elle est équivalente
à une image plate avec juste un léger halo bleu
sur les objets éloignés. Ce
procédé est utilisé en
avant-première par la société belge
nWave Pictures, en collaboration avec Sirius Film, pour un film IMAX
“ Rencontre dans la troisième
dimension ” qui est diffusé en relief
dans des salles classiques.
Pour en savoir plus :
Immersion, distributeur – www.immersion.fr
Stereographics, constructeur – www.stereographics.com
NuVision, constructeur – www.nuvision3d.com
3Dvideo Inc., constructeur (Nu-View) – www.3-dvideo.com
TAN, constructeur – www.tan.de
Système ColorCode - www.colorcode3d.com/
Video Relief, prestataire – www.videorelief.com
Binocle, prestataire – www.binocle.com
nWave, prestataire - www.nwave.com
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Philippe Fuchs
Professeur agrégé au centre de Robotique
à l'ENSMP (Ecole Nationale Supérieure des Mines
de Paris)
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Le centre de Robotique, spécialisé dans les
interfaces comportementales
et plus précisément sur la vision, monte des
solutions de réalité
virtuelle pour ses clients industriels. Philippe Fuchs, auteur
d’un
ouvrage à paraître sur la
Réalité virtuelle, précise :
“ La vision en
relief est nécessaire en point de vue rapproché
d’autant plus que les
manipulations doivent être exactes et précises
comme en télé-opération.
Elle est aussi très utile lorsque les formes sont
compliquées, en
médecine par exemple. ”
Philippe Fuchs ne croit pas à une diffusion grand public du
relief :
“ La vision en relief est contradictoire avec la
vision naturelle. Il y
a en effet incompatibilité entre l’accommodation
qui se fait sur
l’écran et la convergence qui se fait sur
l’objet en jaillissement
alors que nous avons appris, depuis notre enfance, à
converger et à
accommoder au même endroit. Le relief va donc rester
anecdotique,
limité à des attractions ponctuelles. Dans le
domaine professionnel, il
existe en revanche de vrais besoins mais qui nécessitent des
temps de
pause importants. La grande révolution actuelle et pour les
cinq
prochaines années, est la
généralisation des grands écrans
vidéo. Les
casques par contre restent une technologie limitée, qui
sollicitent
beaucoup le système visuel et ne sont pas
conseillés pour un usage
ludique à domicile. ”
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© juillet/aout
2001 François Ploye et Pixel SA