Inventée
depuis un siècle, les méthodes de mesure de la
nature, de monuments historiques ou d’ouvrages
d’art à partir de photographies relief
bénéficie des nouvelles techniques
numériques.
L’origine de la photogrammétrie vient
d’un architecte allemand, Albrecht Meydenbauer,
passionné par la sauvegarde et la restauration du patrimoine
architectural allemand. Il a donné ce nom en 1893
à l’utilisation de plusieurs photographies du
même objet pris sous des points de vue différents
à des fins de mesure. Le même point
étant identifié sur deux photographies, sa
position dans l’espace peut être
calculée par triangulation. Les coordonnées de la
prise de vue doivent avoir été soigneusement
repérées. C’est la
photogrammétrie dite convergente, la plus simple
à mettre en œuvre.
Mais ce principe nécessite de savoir identifier sur
l’image des points précis. Un grand
progrès a été
réalisé avec l’introduction de la
vision stéréoscopique qui permet de se
repérer visuellement sur des surfaces complexes comme des
montagnes boisées. Le principe consiste à
déplacer les deux photographies en vision
stéréoscopique jusqu’à
obtenir fusion des deux images, donc apparition d’un relief
net dans la portion de l’image observée. On sait
alors tracer des lignes et automatiquement calculer la position des
points saisis. Des appareils de tracé mécanique,
les stéréorestituteurs ont
été mis au point pendant la première
guerre mondiale pour des besoins de relevé cartographique
fait à partir de prise de vue aérienne.
La
Terre vue du ciel
La photogrammétrie stéréoscopique
demeure encore aujourd’hui essentiellement
d’origine aérienne. La nature visuelle du paysage
terrestre oblige au recours à la
stéréoscopie. Et avantage technique, les optiques
à très longue focale utilisées pour
une vision de loin déforment peu et autorisent ainsi
naturellement des mesures précises.
L’IGN (L’Institut Géographique National)
est un des plus importants utilisateurs de photogrammétrie
stéréoscopique en France. A partir de
photographies généralement prises
d’avions, ou plus rarement prises par satellites dans le cas
de pays étrangers difficiles à survoler, les
services de production de l’IGN reconstituent la description
du terrain et saisissent sur des postes de travail spéciaux
nommés des stéréorestituteurs les
données cartographiques : voiries,
réseau hydraulique, bâtiments, etc.
Ces données sont plus rapides à mettre
à jour que les données topographiques
mesurées classiquement sur le terrain et qui servent
à dessiner les cartes papier. En revanche, ces
dernières comportent des données
complémentaires comme les limites administratives, la
toponymie, la position des sources d’eau, la nature des
bâtiments remarquables (église ou mairies, etc).
Dans le cadre du projet RGE (Référentiel Grande
Echelle), l’IGN va rassembler sur l’ensemble du
territoire français trois bases de données
distinctes : la base de données topographique et la
base de données ortho-photographique, issue des
photographies aériennes mais aussi une base de
données externe, la base de données parcellaire
en accord avec la Direction Générale des
Impôts, qui constitue le cadastre. La finalisation de la
fusion des deux premières bases de données est
prévue en 2005 et l’IGN a mis en place six lignes
de production Intégrées (L.P.I) au sein du
Service d’Information Cartographique.
Ces lignes de production sont structurées en trois ateliers.
Le premier atelier qui tourne en 2x8 fait la
stéréorestitution sur postes SUN
équipés d’écrans relief
à polarisation circulaire, qui assure un meilleur confort.
Deux manivelles manuelles et une contrôlée par le
pied permettent de déplacer les photographies et
d’obtenir la fusion désirée
à l’endroit souhaité. Un
deuxième atelier complète les données
saisies à l’aide de cartes papier
scannées. Un attribut est associé à
chaque donnée afin de préciser son origine et sa
date de création. Un troisième atelier utilise un
outil propriétaire de détection automatique des
zones de végétation.
Au
service du patrimoine
Depuis trente ans, grâce à
l’amélioration des qualités
métriques des appareils photographiques à courte
focale (déformation faible due à
l’optique), la photogrammétrie
stéréoscopique a pu se développer au
sol, en particulier pour la saisie des monuments et des ouvrages
d’art. Ainsi, la société A.G.P. (Art,
Graphique et Patrimoine), spécialisée dans la
numérisation et la reconstruction virtuelle du patrimoine
architectural, optimise suivant ses besoins l’utilisation des
différents types de saisie et d’acquisition
photogrammétrique. Par exemple, pour saisir
l’ensemble de la façade d’une
cathédrale, la photogrammétrie convergente est
utilisée mais les diverses statues la composant sont saisies
localement en photogrammétrie
stéréoscopique.
La photogrammétrie stéréoscopique est
particulièrement bien adaptée pour les formes
complexes sans point de repère comme la statuaire mais elle
est de plus en plus remplacée par la saisie laser lorsque le
tournage est possible. Cette dernière technique est beaucoup
plus rapide à mettre en œuvre mais
génère indistinctement une quantité
impressionnante de points. “ La
photogrammétrie stéréoscopique nous
permet de reconstituer un volume virtuel complet de l’objet
sur le poste de travail. Nous pouvons alors tracer
précisément les lignes significatives de
l’objet numérisé ce qui est impossible
avec une saisie laser. La contrepartie est un travail assez laborieux.
Nous utilisons le logiciel canadien DVP dédié
aérien. Il n’y a en effet pas de logiciel de
photogrammétrie stéréoscopique
spécialisée pour l’architecture, le
marché est trop petit et les calculs sont plus complexes
à programmer. ” précise
Gaël Hamon, d’AGP.
L’utilisation la plus courante de la
photogrammétrie reste le convergent. Des outils simples ont
repris cette technique pour reconstitur la
géométrie 3D d’un objet à
partir de plusieurs vues photographiques comme Photomodeler ou
Imagemodeler de Realviz.
Pour
en savoir plus :
La société I.G.N. - www.ign.fr
La société A.G.P. - www.artgp.com
Le logiciel Photomodeler – www.photomodeler.com
Le logiciel ImageModeler – www.realviz.com
Le projet MOMA du GAMSAU – moma.gamsau.archi.fr/
Association Française des Topographes -
perso.club-internet.fr/aftopo/
Yann Le Disez
responsable de Ligne de production à l'I.G.N. (Institut
Géographique National)
Le travail de restitution en photogrammétrie
stéréoscopique, qui existe
depuis plusieurs décennies, est le métier qui
fait le plus usage du
relief. Yann Le Disez précise :
“ C’est effectivement un métier
qui
demande des capacités visuelles spécifiques qui
sont testées à
l’embauche puis retestées
régulièrement. En cas de problème le
restituteur est reconverti. Certains travaillent néanmoins
pendant 25
ans en restitution sans problème. Il est vrai que les postes
sont
aménagés pour présenter le maximum de
confort et que les horaires
quotidiens de travail sont limités à 6h30. De
plus, la restitution
s’effectue sur des images noir et blanc qui facilitent la
vision du
relief même si l’identification en devient plus
difficile. ”
Les progrès sont plus à attendre sur
l’automatisation du process et sur
la baisse du coût des postes de travail. En acquisition, les
caméras
numériques couplées à des
systèmes automatiques de positionnement, GPS,
permettent de supprimer le scanning des pellicules et facilitent le
repérage des prises de vue. Yann Le Disez ajoute :
“ Une nouvelle
génération de postes de restitution est en
développement en interne à
l’IGN avec des technologies PC moins chères.
L’automatisation se
poursuit en traitement d’images avec un outil de
corrélation
automatique des deux images en Z (la hauteur). ”
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© juillet/aout
2001 François Ploye et Pixel SA