Dossier relief : Témoignages


Jerzy Kular
Concepteur-réalisateur
jerzy kular

Parlez-nous de votre dernière réalisation en relief ?

Il s’agit de « Spirit of Race », un film en relief de quatre minutes pour Michelin, qui a été entièrement fabriqué en images de synthèse par la société Cube. Ce film met en scène une course de Formule 1. Il est exploité sur tous les grands prix d’Europe dans un semi-remorque itinérant, où une salle d’une trentaine de places a été installée, avec une vidéo-projection sur un écran de 2,5 m de base. Le client a choisi le relief pour son côté spectaculaire, qui ne nécessite pas d’infrastructure lourde comme pour le cinéma dynamique. Une course en relief représente un sacré défi pour un réalisateur, auquel j’ai déjà été confronté plusieurs fois. Le découpage global ressemble à celui d’un film normal, mais les plans sont plus longs. Il est en effet difficile de combiner vitesse et relief. Pendant la course, il faut mettre au point une vitesse relative des concurrents suffisamment proche de celle de la caméra, pour pouvoir régler finement des effets de jaillissement

L’image de synthèse est-elle adaptée au relief ?

Un film en relief peut être conçu de manière rigide, avec le même écart d’œil réaliste tout au long du film. Mais du coup sur certaines séquences, le relief est trop agressif, ou l’échelle n’est pas bonne. Pour obtenir un bon relief, l’écart entre les yeux et la convergence doivent être réglés en fonction de la nature des plans. Le relief ne doit pas être réaliste, mais expressif et dynamique, la souplesse de l’image de synthèse est pour cela très appréciable. La mise en scène du relief s’obtient par exemple en effectuant des changements d’échelle. Avec un travail en couches, on peut même faire un relief différent pour l’avant-plan et l’arrière-plan. Par exemple pour le ride « Mad Racers », j’ai fait le choix d’un réglage relief unique pour les décors, mais les vaisseaux en avant-plan avaient un réglage relief en dynamique.

Quels sont vos projets ?

La réalisation d’un ride en relief avec de vrais animaux africains, Caméranimal (Animal Eyes en anglais) dont j’ai fait la conception et qui est en cours de montage financier. Le film sera décliné sur plusieurs formats, 8:70, 5:70 et HD, pour plusieurs salles. Le relief va surtout être réglé pour que l’impression d’échelle soit réaliste dans les grands formats, là où la nécessité d’immerger le spectateur s’impose. Nouveauté importante, le film va être tourné avec des caméras VIPER, ce qui n’a jamais été fait. Ce sont des caméras HD avec une dynamique améliorée du fait du format 4 :4 :4. Une collaboration est en cours avec Thomson et Binocle pour développer un système relief performant avec deux de ces caméras.


Laurent Verduci
Directeur général de Videorelief
laurent verduci

Parlez-nous de vos dernières réalisations en relief ?

Nous sommes spécialisés depuis neuf ans dans la fabrication de films en relief. Nous conçevons nous-mêmes des systèmes de tournage à deux caméras tel « Lucicae »  spécialement réalisé en 2001, pour la Haute Définition. Parmi nos derniers projets, nous avons travaillé sur un film de dix minutes décrivant l’assemblage d’un moteur pour CFM, une société joint venture de GE et de la Snecma. Nous avons pris en charge tout le tournage prise de vue réelle en DV, l’image de synthèse et le montage ayant été fait chez Master Images. Le film a été projeté au Bourget en juin dernier, sur trois écrans, en stéréo active et en alioscopie sur le stand CFM, et en stéréo passive sur le stand Snecma.

Sinon, nous avons fait un film « Le pèlerinage à la Mecque comme si vous étiez », réalisé par Ahmed Rachedi pour le groupe la Paix en Tunisie. D’une durée de 38 minutes, il va être projeté dans une salle de trois cent places, avec un écran de huit mètres de base, dans un parc d’attractions, la Médina d’Hammamet. La prise de vue réelle en relief a été tournée pendant le pèlerinage de février 2003, avec « Lucicae », en Digital Betacam, au format 16/9ème. Nous avons ensuite réalisé sous « Lightwave », dix minutes en images de synthèse qui retrace l’histoire de la pierre noire de la Kaaba, apportée par les anges et qui a été ramassée par Mahomet. Nous avons du modéliser partiellement la Mecque.

Comment évoluent les techniques de prise de vue relief ?

Pour nos deux prochains tournages, qui vont avoir lieu à cinq cent mètres sous terre, puis en plein désert, nous avons mis au point un système de monitoring, autonome sur batterie, avec visualisation en relief des retours vidéo. L’écartement des caméras et la convergence pourront être étudiés en temps réel sur chaque plan. Par ailleurs, je crois beaucoup au développement de la HD pour la stéréoscopie. En décembre 2002, nous avons tourné un pilote HD relief, « Vol à vue », qui dure sept minutes, en partenariat avec le réalisateur Stéphane Bouchez, grâce à  notre système « Lucicae », utilisant deux caméras Sony Cine Alta HDW-F900.

François Garnier
Concepteur-réalisateur
francois garnier

Quelles sont vos dernières réalisations en relief ?

J’ai réalisé récemment trois projets en relief, pour Vulcania en Auvergne avec la société Exmachina, pour LPG avec Cube et sur la cathédrale d’Amiens avec AmaK, en collaboration avec Sim Team et AGP. « Irruptions » pour Vulcania est un film très ambitieux en relief 35mm d’une durée de dix minutes. Quant à LPG, j’ai déjà réalisé trois films d’une durée d’environ six minutes pour cette société spécialisée dans la beauté et le soin du corps. A Amiens, encore un changement de technique, c’est du temps réel qui est projeté sur un écran de 4m par 5 m. Une partie de la statuaire de la cathédrale a été reconstituée avec les couleurs du Moyen-Age. Un écran-dalle permet de manipuler les objets en interactif.

Comment assure-t-on la cohérence PVR (Prise de vue réelle) et 3D en relief ?

Pour « Irruptions », les images réelles et la 3D sont dans des séquences distinctes, même si certains éléments réalisés dans After Effects sont intégrés en relief dans la PVR. En revanche, dans LPG, la cohérence devait être complète entre la caméra réelle et la caméra de synthèse. En prise de vue réelle, il faut faire du relief convergent, car le support a une surface non nulle, et en relief parallèle il faut cropper (couper) les bords de l’image. La convergence est d’autant plus nécessaire que le support est plus grand. Par contre, en 3D, le support de l’image est virtuel et réduit à un point, on peut donc utiliser aussi bien le parallèle croisé ou le convergent au choix.

La 3D offre-t-elle davantage de liberté pour faire du relief ?

La synthèse offre un contrôle plus précis, et se prête de manière générale plus facilement au relief. La liberté de cadrage est plus grande. En relief, la mise en scène est plus proche de celle du théâtre que du cinéma, dans le sens où on met en scène un espace et non une image. La notion de gros plan par exemple n’existe pas, il s’agit plutôt de plan rapproché. Le visage se rapproche du spectateur en gardant sa taille réelle. Le relief est le premier support de diffusion qui fait percevoir le côté volumique de la 3D.

© Avril 2004 François Ploye et Pixel SA