Dossier relief
: Immersion
en trois dimensionsEn photographie ou au
cinéma, tout le monde a déjà
expérimenté l’illusion des images en
relief. Depuis plus d’un siècle que le principe
des images stéréoscopiques existe, cette
technique a connu une alternance de périodes
d’euphorie et de périodes de relative
indifférence. Parmi les époques où le
relief était en vogue : le boom des photographies
scientifiques ou ethnographiques à la fin du
siècle dernier, les films de cinéma à
partir des années 50 avec quelques films
mémorables comme "Le crime était presque parfait"
d’Alfred Hitchcock, enfin les films sur écrans
géants IMAX dans les années 90. Les
passionnés, jamais à court
d’inventions, rêvent d’une technologie
révolutionnaire qui permettra au relief de se diffuser
largement et durablement. Actuellement le domaine est à
nouveau en pleine effervescence. Le réalisateur Jerzy Kular
s’enthousiasme : « Les choses ont
bougé récemment. La sortie du portable de Sharp
auto-stéréoscopique, la production à
Hollywood de plusieurs long-métrages en relief sont des
événements révélateurs. Et
en France dix salles ont été
équipées l’an dernier en haute
définition numérique relief. La sortie du film de
Cameron en stéréoscopie IMAX,
« les Fantômes du
Titanic » a beaucoup contribué au
renouveau d’une technique ancienne. Et deux cent mille
personnes sont maintenant abonnées aux USA à la
chaîne de télévision en
relief. »
Un
marché qui se diversifie
Il est clair en effet que l’arrivée de nouvelles
techniques moins onéreuses de projection vidéo
des films en relief, permet une multiplication des usages de la
stéréoscopie, en industries, pour la revue de
projet, le design, ou la communication, mais aussi en loisirs, avec la
multiplication de petites salles, d’une vingtaine ou
d’une trentaine de spectateurs. Cette embellie du
marché s’explique par la baisse des
coûts des vidéo-projecteurs ainsi que par
l’augmentation de la définition des affichages. Du
côté des stations bureautiques et
multimédia, la sortie en novembre dernier de
l’ordinateur portable de Sharp qui permet de visualiser un
relief sans avoir besoin de lunettes, devrait permettre une
évolution tout aussi notable.
Les avis restent néanmoins partagés sur
l’avènement à terme d’un
spectacle de masse pour le relief.
« L’histoire du relief est très
longue, précise Andreas Koch de Digital Studio, une
société qui a fabriqué
récemment plusieurs films en relief. La
démocratisation technique en cours avec les projecteurs DLP
et les ordinateurs portables, ne va pas bouleverser le
marché. Il faut comprendre que la
stéréoscopie, pour être spectaculaire,
va demeurer rare. Cela nécessite un savoir-faire de mise en
scène qui ne se met pas en équations. Je ne crois
pas à l’avènement de la
télévision en relief. C’est une
technique qui bénéficie d’une
projection sur grand écran, afin que les spectateurs
partagent une expérience collective. Le marché du
relief va demeurer un marché de niche, et va continuer
à croître doucement. »
Des
techniques en ébullition
Lister le nombre de techniques différentes pour faire du
relief est sans fin. Chaque inventeur propose sa méthode,
toutes plus astucieuses les unes que les autres. Même pour
l’anaglyphe, la technique très usitée
de séparation par couleurs, plusieurs
améliorations récentes ont vu le jour.
L’Université Technologique du Danemark a mis sur
le marché un nouveau procédé
anaglyphe, le ColorCode
3-D®. La vision des
couleurs et de la
luminosité est assurée par un filtre jaune clair
sur l’œil gauche. Un filtre bleu foncé
sur l’œil droit sert à donner les
informations de profondeur. Mais les résultats ne sont pas
aussi bons que par la technique rôdée de
polarisation de la lumière. De son
côté, la société allemande
Tan, qui a été rachetée par Barco, a
commercialisé le procédé Infitec
de
Daimler Chrysler, où les images gauche droite sont
différenciées par codage des
fréquences lumineuses. Il n’y a donc plus ni
accessoire actif ni polarisation. Le relief peut être vu avec
un seul projecteur, avec une restitution des couleurs assez correcte.
Mais la vraie nouveauté est plutôt du
côté de
l’auto-stéréoscopie, où
l’objectif est de s’affranchir des lunettes.
Plusieurs techniques existent, depuis le haut de gamme, comme
l’alioscopie
de Pierre Allio, jusqu’au produit de
masse, avec le nouvel ordinateur de Sharp. « Dans un
tout autre registre, remarque Christophe Chartier, directeur commercial
chez Immersion, la société hongroise Holografika,
propose l'HoloVizio, un écran holographique assez
bluffant. »
Image
de synthèse et relief : une alliance
réussie
Autre facteur de diffusion, la facilité de créer
du relief en image de synthèse. Se lancer dans la prise de
vue réelle en relief n’est en effet pas aussi
simple et souple. Il existe déjà peu de
systèmes commercialisés à deux
caméras. Chacun est obligé de bricoler son propre
système. Une des difficultés est
d’obtenir une distance entre les axes optiques des deux
caméras qui soient suffisamment proches. On peut
l’obtenir par un jeu de miroirs, en mettant deux
caméras à 90° l’une de
l’autre. Il faut aussi pouvoir faire varier à
volonté la distance inter-axes entre les plans. De plus, il
faut pouvoir prendre deux images avec les mêmes
caractéristiques de focale, de profondeur de champ et de
déformations optiques. En France, plusieurs professionnels
sont devenus experts dans la construction de tels systèmes,
dont Laurent Verduci chez Videorelief et le
réputé chef opérateur Alain Derobe. Le
système le plus précis est celui de la
société Binocle
qui utilise deux
caméras Thales dont les optiques ont
été centrées et asservies afin de les
rendre parfaitement synchrones et dont les images sont
réétalonnées par logiciel. Andreas
Koch, résume la situation
« d’un point de vue budgétaire,
le vrai surcoût est pour l’exploitant, il lui faut
des lunettes spéciales, deux projecteurs, un
écran particulier. Quant à la
production, la prise de vue en relief coûte pratiquement le
double de la prise de vue simple, alors que l’image
de synthèse en relief ne coûte que 15 à
20% de surcoût par rapport à l’image de
synthèse simple. »
En image de synthèse tous ces soucis n’existent
pas, les caméras sont par défaut parfaites, avec
un entraxe variable, et sont parfaitement identiques. Pour le
réalisateur François Garnier le relief est
l’avenir de l’image de synthèse.
« Les technologies numériques facilitent
la diffusion du relief. L’image de marque du relief
évolue, et devient de plus en plus high tech. La
deuxième image éditée sur Mars par le
robot américain Spirit qui s’est posé
début janvier, était faite en anaglyphe et
visualisable en relief sur Internet. Signe de ce regain
d’intérêt de la part du grand public, de
plus en plus de casques et de lunettes relief sont vendus. Mais pour
que le relief fonctionne dans les jeux vidéo, des
règles automatisées de caméras doivent
être trouvées. Pour la plupart des jeux qui
nécessite de tirer, le relief est parasite. C’est
une action qui dans la réalité demande de fermer
un œil. En revanche, pour des jeux comme Myst, une bonne
mémorisation des espaces est nécessaire, et le
relief apporte un plus. »